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En pleine crise des annulations, Ryanair supprime 18 000 nouveaux vols

Près de 400 000 clients seront affectés. Cela représente moins de 1 % des personnes transportées cet hiver, selon la compagnie à bas coûts.
27 Septembre 2017 4 minutes
Le Monde.fr avec AFP | 27.09.2017 à 15h28 • Mis à jour le 28.09.2017 à 11h39 |
Par Guy Dutheil

Ryanair se pose en championne des annulations de vols. Pour la seconde fois, en à peine une semaine, la compagnie irlandaise à bas coût a annoncé une nouvelle vague d’annulations de vols. Elle a indiqué, mercredi 27 septembre, que 400 000 passagers supplémentaires seraient privés de vols entre novembre 2017 et mars 2018. La compagnie prévoit de supprimer un vol par jour et par aéroport pendant cinq mois. Au total, 34 destinations en Europe seraient concernées. Cette baisse soudaine d’activité toucherait moins de 1 % des clients de la saison d’hiver de Ryanair.
Il y a une dizaine de jours, la low cost avait déjà décidé la suppression de 2 100 vols programmés entre la mi-septembre et la fin octobre ; 315 000 passagers avaient alors appris que leurs vols étaient purement et simplement annulés. « Nous présentons nos sincères excuses envers les clients affectés par les annulations de la semaine dernière ou par les changements raisonnables dans les programmes annoncés aujourd’hui », a signalé, dans un communiqué, mercredi, Michael O’Leary, président fondateur de Ryanair. Il a également annoncé renoncer à la reprise éventuelle de la compagnie italienne Alitalia.
A l’origine, la compagnie à bas coût irlandaise avait indiqué qu’elle préférait annuler préventivement ces milliers de vols plutôt que de mettre à mal son indice de ponctualité. Par la faute d’une accumulation de retards cet été, il serait tombé à 80 %. Loin des standards habituels de la compagnie, qui vise un taux de ponctualité autour de 90 %. Désormais, elle reconnaît que ces suppressions ont, en fait, pour but de résoudre des problèmes de planning de ses pilotes. Depuis la fin de l’été, Ryanair n’arrive plus à gérer les tableaux de service de 2 400 navigants qui doivent prendre leurs congés annuels.

Un modèle qui bat de l'aile

Pour beaucoup, ces annulations en série sont le signe que c’est tout le modèle économique de la compagnie à bas coût qui bat de l’aile. Les trois piliers qui ont fait le succès de Ryanair, l’utilisation intensive des appareils et des personnels, le choix d’opérer depuis des aéroports secondaires en échange de généreuses subventions et un marketing copié sur le hard discount, sont attaqués en même temps.
Une recette qui a fait de Ryanair la première compagnie européenne en termes de trafic, avec 117 millions de passagers transportés en 2016. Une époque révolue. « Tout le modèle de Ryanair est en train de s’effriter », signale Christophe Tharot, président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL France Alpa). Fondée en 1984, la compagnie irlandaise a assuré son succès grâce notamment à une rotation accélérée de ses avions. Elle a profité du sureffectif de pilotes pour obliger ses navigants à voler aux limites fixées par l’Agence européenne de sécurité aérienne (EASA), soit 900 heures par an ou cent heures mensuelles. « Une folie sur le moyen-courrier », s’indigne Philippe Evain, président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) d’Air France. Un plafond atteint par bon nombre des pilotes de Ryanair dès septembre.
Des pilotes « sans aucune couverture sociale »

C’est la raison principale de la cascade d’annulations de vols annoncées par la compagnie low cost. Des pilotes bien souvent embauchés avec des contrats d’autoentrepreneurs ou recrutés par des « brokers », des agences d’intérim. « Sans aucune couverture sociale », dénonce M. Evain. Un « modèle social » à bout de souffle. Les sureffectifs ont fait place à une pénurie de pilotes. Ces derniers désertent en nombre Ryanair pour voler sous d’autres cieux. Selon le quotidien irlandais The Irish Times, 700 pilotes de la compagnie irlandaise seraient déjà partis rejoindre d’autres compagnies.
Lâchée par ses pilotes, Ryanair « n’a pas compris que le modèle du low cost a changé », souligne Stéphane Albernhe, président du cabinet de conseil Archery Strategy Consulting (ACS). « Avec easyJet ils ont ouvert la voie. Pendant longtemps, les compagnies régulières les ont laissés faire sans réagir. Ils ont prospéré et gagné beaucoup d’argent car ils étaient tout seuls », poursuit M. Albernhe. Aujourd’hui, toutes font du low cost, même les compagnies régulières comme Air France (Transavia, Joon), British Airways (Vueling) ou Lufthansa (Germanwings). « Le segment est saturé », poursuit le patron d’ACS. Face à cette concurrence sur le marché des vols à bas prix, les compagnies low cost se sont lancées dans une montée en gamme. Elles proposent les services et le confort de compagnies régulières avec les tarifs des low cost. « Ryanair, elle, a raté ce virage. Elle n’a pas écouté suffisamment le marché », elle en est restée « au hard discount de l’aérien », constate M. Albernhe.
Troisième choc pour la compagnie irlandaise. Elle paie aujourd’hui son choix d’opérer uniquement à partir d’aéroports secondaires en échange de confortables subventions, des « frais de marketing ». Une décision stratégique qui a fait sa fortune et pourrait causer sa perte. La clientèle affaire, véritable relais de croissance, n’est pas attirée par les plates-formes secondaires, comme celle de Beauvais-Tillé, alors qu’une offre low cost abondante et de qualité est disponible dans les grands aéroports. Surtout, les concurrentes de Ryanair, les compagnies régulières comme celles à bas coûts, ne semblent pas disposées à lui faire de la place sur les aéroports principaux.
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